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Fév 08
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" Pas une anorexie, des anorexies "

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J'ai été anorexique - boulimique et toc(quée) de l'âge de 17 à 27 ans. Aujourd'hui, j'ai 31 ans. J’ai le bonheur d’aller très bien depuis quatre belles années.

Grand manque de confiance en moi, mésestime, hypersensibilité, je me suis longtemps demandé qui pouvais-je bien être, quelle place pouvais-je prendre, qu’allais-je pouvoir faire de ma vie, comment la construire ?

Toutes ces interrogations se sont manifestées à l’obtention du baccalauréat, où il fut question de faire des choix.

Je me suis retrouvée dans un état de "panique à corps".

Paradoxalement, c'est à cette même période que mes désirs et mes envies étaient les plus forts. C'était intense. Je ressentais une envie incroyable de m'affranchir, d'être vue, reconnue et aimée pour celle que j'étais, indépendamment du désir de l'autre...

Avec l'idée (illusoire et dangereuse) qu'un corps "maigre" allait me sortir d'affaire, qu'en perdant ma "peau d'enfant", j'allais devenir "une femme" tout en restant "attachée" à ma mère, "ma gorge s'est resserrée" et sournoisement, j'ai basculé dans l'engrenage et "l'enfer" de l’anorexie – boulimie.

L'anorexie - boulimie nous a terriblement fait souffrir, ma famille et moi-même.

Je n'ai jamais cessé de penser à la nourriture. La nourriture m'obsédait totalement. De boulimies en phases sévères de restriction, j’allais de malheur en malheur.

J’ai souffert car concrètement et très dangereusement, je me suis affamée !

La nourriture prend place en pensées parce qu'elle ne prend pas place en la réalité.

Sans le soutien de mon entourage, j’ignore dans quelles mesures je m’en serais sortie.

Avec l’aide de mes proches et des spécialistes, le premier déclic fut lié au corps : lors de ma dernière hospitalisation, en faisant ma toilette au gant, j'ai passé ma main dans le dos puis sur mes fesses que je n'ai pas reconnues !

Je touchais des os, uniquement des os et j'ai eu violemment peur, peur de la réalité de mon corps, du danger auquel je l'exposais.

La progressive reprise de poids m’a aidée à me reconnecter petit à petit à la réalité. J’ai repris confiance en moi et j’ai aussi retrouvé les forces et l'énergie de faire des activités qui m’ont donné du plaisir et apporté la connaissance, le respect, l'amour de soi et de l'autre...

Conseils aux proches

J’encourage les proches de toute personne en souffrance à :

- Être vigilants, prendre au sérieux LES SIGNES qui alertent (évitement des repas, rituels alimentaires, perte ou prise de poids rapide, plainte du corps "Je suis trop gros(se)").

- Trouver tout de suite une AIDE EXTÉRIEURE (en parler aux amis, consulter des spécialistes, participer à des groupes d'échanges, de paroles) pour se remettre en question sans culpabilité, afin d’accepter la souffrance de la personne et parvenir à établir avec elle des démarches de soutien et de soin efficaces (prises en charge auprès de spécialistes de TCA).

- Ouvrir LE DIALOGUE de façon à « se raconter » à la personne (dans le cadre familial, lever les secrets et autres tabous qui peuvent peser de tout leur poids sur la personne en souffrance).

Lui PARLER et L'ÉCOUTER, en toute interactivité : la nourrir de paroles et d'amour.

- L'accompagner, la faire participer à des ACTIVITÉS, à des PROJETS gratifiants et valorisants : la nourrir de rire, de plaisir, d'envies.

- Dans le cadre familial, reprendre SA PLACE en la qualité de parent, d’accompagnateur et de référent.

- Se trouver FORT ET CONFIANT face aux difficultés de la personne en souffrance pour l'aider à les surmonter et à les dépasser.


Des propositions

À ce jour, mon corps est en phase avec mes émotions, mes désirs, mes envies.

Cette prise de conscience doit intéresser les médias.

Leur pouvoir et leurs influences devraient, à mes yeux, valoriser l'acceptation de la réalité de nos corps, et non plus celle du fantasme...

Je souhaite l’exposition médiatique de tous les gabarits, et non plus celle d’un seul modèle de corps afin d’encourager l’acceptation de la différence et l’amour de soi dans la réalité.

Afin que le fléau de l’anorexie – boulimie, même s’il répond à certaines prédispositions psychologiques, cesse de se répandre et de toucher, comme c’est le cas, des filles et des garçons de plus en plus jeunes.

Cette terrible maladie fait de terribles ravages. Il nous faut considérer ensemble les moyens d’y faire face. Familles, médias, institutions médicales et gouvernementales.

Des efforts sont faits en ce sens, c’est bénéfique, il faut qu’ils soient maintenus.

Face à "l’emprisonnement mental » que le trouble induit, qui nous isole énormément, il sera profitable que les initiatives d’accompagnement, l’accès aux soins et l'ouverture de centres spécialisés soient soutenus, en matière de budgets, et notamment, par le Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports.

En considération de leurs bienfaits, les médecines douces, alternatives et naturelles, parfaitement complémentaires de la médecine conventionnelle, devront, je le souhaite, trouver place dans le traitement des TCA en particulier et autres pathologies en général.

J’encourage enfin toute personne anorexique – boulimique à consulter le plus tôt possible, sans perdre de temps.

Et à ainsi passer du registre de la peur à celui de l’envie ; en acceptant de faire « place » à soi-même, indépendamment de tout schéma de pensées, de la moindre anticipation sur soi, sur une image de soi - de ce que l'on "doit être" - ou encore, de ce que l'on imagine « vouloir » ou « devoir » être.

Un jour, j'ai jeté ma balance dont l'indication chiffrée retenait ma peur de changer... En la jetant, j'ai libéré ma peur et elle a disparu.

Toute cette progression a été graduelle... "un jour" est "une image".

Ce "jour", cette image, correspond à une évolution qui s'est déroulée « dans et avec » le temps, dans la rencontre et le dialogue avec autrui (amis, docteurs, etc.), et dans le soin que je me suis accordé (thérapies, hospitalisations).

J’encourage toute personne en souffrance à aller au bout de ce chemin de soins, de ne jamais baisser les bras car au bout de ce chemin, il y a la guérison.

Je ne souffre plus et découvre l'amour chaque jour davantage, avec toujours plus de joie et de plaisir à vivre.

 

Nathalie Maciel

 

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