Définir la psychosynthèse ou même écrire à son propos, demeure extrêmement difficile, parce qu’elle concerne avant tout le domaine de l’expérience. Expérience existentielle et intime. Je vais pourtant tenter de relever le défi parce qu’il me semble que la psychosynthèse répond aux besoins de l’homme d’aujourd’hui.
Roberto Assagioli, psychiatre et psychothérapeute italien fut, au début du XX° siècle, le père de la psychosynthèse.
Il fut pionnier de la psychanalyse dans son pays. A ses débuts, il travaille avec Freud, puis se rapproche de Jung et de Maslow, et plus généralement du courant de psychologie humaniste. Il voyait en l’homme une dimension de croissance, de spiritualité et de transpersonnalité.QUELS SONT LES PRINCIPES DE BASES DE LA PSYCHOSYNTHESE ?
Elle fait référence aux valeurs essentielles de l’homme, et propose une prise en compte de toutes les parties de l’être : dimension corporelle, émotionnelle, mentale. Il s’agit d’une approche humaniste, multiréférentielle et interpersonnelle.
Ses champs d’investigations ne se limitent pas à la psychothérapie puisque la philosophie et les principes de la psychosynthèse peuvent rendre de grands services dans l’entreprise, mais aussi la relation d’aide, pour l’éducation, la pédagogie, le conseil pastoral, l’accompagnement des malades, le développement personnel…
Ainsi, cette approche peut nous éclairer dans nos choix de vie : Quel projet d’existence puis-je laisser émerger ? Quel sens puis-je donner à la maladie qui survient ? Comment sortir des reproductions de situation, lorsque par exemple, je cumule les échecs amoureux ? Comment terminer les deuils du passé ?
Autant d’exemples, illustrant les questions existentielles, leviers de transformations.
QUELLES SONT LES TECHNIQUES UTILISEES EN PSYCHOSYNTHESE ?
Une grande variété de techniques est proposée. Elle fait la richesse de la psychosynthèse et permet de respecter la spécificité de chacun. L’échange verbal est bien sûr une pratique de base, comme dans toute psychothérapie, mais elle est loin d’être la seule utilisée en psychosynthèse.
La visualisation ou méditation est un procédé très précieux dans le travail d’Assagioli. Il consiste, pour le patient à faire appel à des évocations intérieures à renouer avec son être profond. Il met en jeux de nombreuses aptitudes telles que la concentration, la mémoire, l’observation, la volonté. Il facilite le travail de distanciation, de désidentification, essentiel à la démarche psychosynthéiste. Prenons un exemple : Isabelle se réveille chaque nuit et vit ce qu’elle nomme des angoisses. Celles-ci prennent beaucoup de place dans son quotidien. Il est tout à fait possible grâce à un travail en visualisation d’aider Isabelle à se différencier de cet aspect douloureux d’elle-même. C’est à la fois une expérience de lâcher prise, de désidentification et de ressourcement.
Les exercices corporels sont importants eux aussi, puisqu’ils permettent un autre mode d’expression. Nous savons en effet que l’un des écueils de la thérapie, consiste à « s’enfermer dans notre mental ». J’ai souvent vu des personnes exprimer par cette technique, de la colère, mais pas seulement. Pouvoir montrer avec son corps une partie de soi même extrêmement inhibée est aussi fort intéressant, par exemple.
De nombreux exercices écrits peuvent être employés. Voici 2 pistes :
Il est possible de travailler à partir du journal intime de la personne. Cela permet un suivi avec une trace écrite et la poursuite du travail entre les séances. Parfois nous pouvons aussi proposer la rédaction d’une « lettre défouloir ». Elle favorise l’expression libre des sentiments ou de l’indignation notamment. La lettre ne doit pas être envoyée mais contribue à la décharge émotionnelle.
La musique, qui a des effets relaxants, apaisants ou au contraire stimulants, fait partie des supports possibles au travail de la psychosynthèse. Nous pouvons l’associer à la visualisation ou aux exercices corporels, par exemple.
De plus, la psychosynthèse intègre dans sa pratique des moments de productions plastiques. La peinture, les feutres, les craies, la terre, le collage ou tout autre procédé favorisant l’expression et la recherche sur soi-même. C’est une des raisons qui donne sens à l’association de l’art et de la thérapie dans le cadre de la psychosynthèse.
J’ajoute que toutes ces techniques laissent une place à l’intuition. R. Assagioli écrit dans son ouvrage « Le développement transpersonnel » : « … l’intuition, au delà de la qualité de l’objet, en recueille l’essence, c'est-à-dire ce qu’il est. »
QUELS THEMES LA PSYCHOSYNTHESE TRAITE-T-ELLE PLUS PARTICULIEREMENT ?
La psychosynthèse aborde des thèmes essentiels à une meilleure compréhension de l’être humain.
Elle s’intéresse notamment aux notions de crise, de volonté, de sous-personnalité, de polarité…
Les crises sont perçues avec les possibilités de transformation qui s’y rattachent. Il s’agit d’accompagner un processus et cela, en lien avec la créativité, puisque ces bouleversements vont inviter l’être humain à une remise en question. Et là, se dresse devant lui le choix suivant : Rétablir tant bien que mal un équilibre fragile (attaché à la situation antérieure) ou créer, c'est-à-dire inventer du nouveau, reconstruire.
La volonté. R. Assagioli propose une approche originale de la volonté. Il élargit le concept à la « volonté habile », la « volonté bienveillante » et surtout à la « volonté d’être » ou « volonté transpersonnelle ». La volonté n’est alors pas seulement « volonté forte » et peut devenir source de liberté, d’épanouissement.
La notion de polarités et la synthèse possible qui en découle, sont aussi des thèmes clé de la psychosynthèse.
La psychosynthèse invite à la recherche de relations justes. C'est-à-dire, être en contact avec l’être et ne pas laisser le comportement de l’autre faire écran. Une relation juste ne s’appuie pas sur l’écrasement et la soumission d’un des partenaires, ni sur la destruction des deux protagonistes mais sur le respect mutuel. La résolution des conflits passera davantage par l’écoute de chacun que par la recherche d’un coupable.
Je parlerai, pour terminer, des sous-personnalités appelées aussi subpersonnalités ou personnalités secondaires. C’est l’idée selon laquelle nous ne sommes pas d’un seul bloc, nous sommes multitudes. Ces parties de nous-mêmes peuvent être identifiées comme « Celui qui veut faire plaisir », « Celle qui court toujours, qui ne s’arrête jamais ». Lorsqu’une sous-personnalité occupe trop de place, des exercices simples, contribuent à la distanciation nécessaire et à l’intégration des sous-personnalités en vue d’une synthèse.
Ces quelques éléments de présentation de la psychosynthèse nous montrent combien, par sa limpidité et sa capacité à mettre en lien la théorie et la pratique, elle peut nous aider dans notre quotidien. Ainsi, elle est accessible à tous et nous enseigne que la force de la dimension existentielle, parfois enfouie en nous, ne demande qu’à se manifester à chaque instant de notre vie.
Pascale Bernard
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