La branche psychiatrique de l'Ayurvéda se nomme Bhutavidya, que l'on peut traduire par « Connaissance des esprits ». L'approche traditionnelle de la psychologie dans l'Ayurvéda est psychosomatique. L'Ayurvéda décrit le lien intime entre l'esprit et le corps et ne les oppose pas nécessairement en soi, comme c'est souvent le cas dans la « médecine moderne ».
Les deux entités ont une action l'une sur l'autre et s'engendrent l'une l'autre. La maladie mentale ou l'affliction émotionnelle en général, dépend de facteurs internes et externes, et de causes physiques et mentales. La psychologie ayurvédique se base sur des concepts clés qu'il s'agit de décrire pour bien comprendre sa philosophie et son mode d'action.
Le mental ou manas, est constitué d'un organe moteur ou « architecte », que l'on nomme Ahamkara, ou égo. La Conscience (Chit) est, chez un être individuel, orientée vers le sentiment de possessivité, en raison du pouvoir de l'égo. C'est ainsi que nous parlons de « notre » corps, « notre maison », nos « enfants », et que nous distinguons ce qui est « nous même » de ce qui est « autre ». D'après Patanjali, le fondateur du Yoga, l'Ahamkara est l'une des premières causes de l'affliction de l'homme, car son existence même est basée sur l'ignorance (Avidya). Les bouddhistes affirment en général que l'Ahamkara n'existe tout simplement pas, et que l'existence individuelle est une illusion.
La « substance » du mental se répartit selon trois qualités subtiles que l'on nomme Gunas. Les Gunas peuvent se décrire grâce à leur rôle dans le fonctionnement du mental. Le Guna Sattva représente la qualité éveillée du mental, ses caractéristiques sont équanimité, paix, illumination, compassion et clarté. Le Guna Raja représente l'activité dynamique du mental, la conceptualisation, l'intellectualisation, mais également l'agitation et la confusion. Le Guna Tamas représente lui, la densité du mental, son obscurcissement, sa résistance à la compréhension, l'ignorance, mais par contre, il régit la mémoire. Le mental d'un être humain est donc constitué d'un mélange de ces trois qualités, à diverses proportions. Le Guna Sattva n'est pas sujet à la maladie mentale (Manas Rog). L'un des buts du Yoga et de la psychologie ayurvédique est d'augmenter sa proportion par rapport aux autres.
Le rapport entre le mental (manas) et le corps (les dhatus ou tissus physiques) est régis selon l'Ayurvéda par la présence de vents (Vayu) et de feux (Agni) internes. De même que la nourriture est digérée par le feu digestif et assimilée par les doshas, l'expérience, et les différentes émotions que l'on expérimente dans la vie, sont digérées par le feu mental (Agni Mana), ce qui alimente les différents Gunas. Le lien entre le feu mental et le feu physique est déterminée par l'énergie vitale (Ojas) qui circule dans le corps, le vent mental qui fait circuler les pensées (Udana Vayu), et notamment par le Dosha Vata, responsable du système nerveux. Ce que l'on mange aura donc un impact conséquent sur le contenu de notre mental, au même titre que les émotions, les ambiances, la saison, l'hygiène de vie,... etc. Les plantes et légumes possèdent chacune des qualités « guniques » particulières, qui absorbées, modifieront leur proportion chez l'homme. Par exemple, le Tulsi ou l'Ashwagandha sont réputés pour contenir une forte proportion de Sattva et d'Ojas, tandis que l'oignon ou l'ail, contiennent eux majoritairement du Tamas. C'est la raison pour laquelle ces derniers sont souvent bannis du régime alimentaire des yogis.
La thérapie psychoayurvédique consiste généralement en une thérapie de régénération (Panchakarma) qui permet une hausse de l'énergie vitale globale et du Guna Sattva dans le corps et l'esprit par des pratiques comme le massage, le lavement, un régime alimentaire et un mode de vie particulier. Elle est accompagnée de la récitation de paroles sacrées (Mantras), de postures de Yoga (Asanas) et de rituels psychomagiques (Tantra Puja) dans le cas d'une approche « religieuse » (hindoue ou bouddhiste). Cette dernière prend en compte le bagage karmique de l'individu (l'ensemble des expériences de vie d'un individu en accord ou non avec sa voie ou son dharma) et dresse une liste d'esprits immatériels, décrits par le folklore hindou ou bouddhiste, pouvant perturber le mental d'un individu. D'où le terme traditionnel de la psychiatrie ayurvédique : Bhutavidya (Connaissance des esprits). La méditation (Dhyana) et la dévotion (Bhakti) ont le pouvoir d'augmenter Ojas et Sattva dans le corps.
Différents troubles mentaux en fonction des Doshas
La constitution ayurvédique propre à chaque individu (Prakriti) peut différer entre le physique et le mental. Par exemple, on peut être Kapha mais fonctionner mentalement en Pitta.
Lorsques les Doshas ne sont pas contaminées par des « toxines » (Ama), la psychologie ayurvédique affirme que Pitta apporte au mental une habilité de concentration et de l'ouverture émotionnelle (Sattva) ; Vata, une fugacité d'esprit et de la créativité (Raja) ; et enfin Kapha, de la mémoire (Tamas). Cependant, lorsque le Dosha « malade » envahit la sphère mentale, l'individu peut souffrir de différentes afflictions caractéristiques. Voici quelques symptômes mineurs que l'on associe généralement à la trop forte proportion en un Dosha particulier :
Les troubles mentaux propres à Kapha sont caractérisés par la dépression, la lourdeur émotionnelle, l'impression de porter de lourds bagages, le pessimisme. Les sentiments de tristesse et de mélancolie dominent tandis que le sujet peut s'enfoncer dans sa propre mémoire et s'y enfermer. La « déprime hivernale » entre largement dans ce genre d'afflictions mineures. Les aliments lourds et gras doivent être évités, l'activité physique doit être entretenue. Les plantes comme Vacha ou Brahmi ont la particularité d'augmenter la capacité de clarté et de vivacité de l'esprit (Sattva) dont le mental type Kapha a besoin. Une cure alliée à une forme de méditation active (marche, lecture) est conseillée dans le cas des afflictions mentales mineures liées à Kapha. Le feu digestif doit également être stimulé à l'aide d'aliments épicés ou grâce au Triphala. La luminothérapie est aussi conseillée. Le mental de type Kapha a besoin de stimulation et de motivation.
Les troubles mentaux propres à Pitta sont liés à l'agressivité en général, à l'égard de soi même ou des autres. Cette agressivité est liée à une impulsivité et à une sensibilité trop « à fleur de peau ». Les émotions associées sont jalousie, envie, haine. A l'état aggravé, on peut classifier les troubles obsessionnels compulsifs à Pitta. Le stress lié aux activités socioprofessionnelles est également associé à Pitta. Ses conséquences psychosomatiques peuvent aller de l'apparition d'ulcères aux troubles du sommeil. Les aliments et plantes froides anti-Pitta sont conseillés tandis qu'une alimentation stimulante et piquante est à éviter. Le Guduchi associé à une cure de Brahmi peut réduire cette agitation. En massage (Abhyanga), les huiles de Guduchyadi et de Chandan réduisent la chaleur interne et l'agressivité résultante par leurs qualités froides. La technique du Sirodhara, qui consiste à laisser couler un filet d'huile sur le crâne (préférablement de l'huile de Brahmi), peut également calmer ce genre d'afflictions. Le mental de type Pitta a besoin de paix et d'espace.
La constitution Vata-dominante est la plus assujettie aux troubles mentaux. En effet, Vata est lié au système nerveux et donc directement à « l'appareil mental ». En excès, Vata peut provoquer une forme d'anxiété continue, un sentiment d'insécurité, de peur, combiné à des difficultés de concentration, un sommeil léger et perturbé, ainsi qu'une tendance vers la surenchère de l'imagination. Les chocs traumatiques entraînent nécessairement un déséquilibre immédiat en Vata. La perte du pouvoir discriminant (on n'est plus capable de reconnaître le bien du mal, l'utile du superflu, le rêve de la réalité) est une autre caractéristique d'une persistance d'afflictions mentales de type Vata. Afin de réduire Vata, il est conseillé d'adopter une alimentation chaude (boissons chaudes, soupes, etc), à base d'huiles ou de beurre, d'éviter les crudités et autres salades et surtout de manger à des rythmes réguliers. Des massages et oléations (Swedan) réguliers sont conseillés. Des plantes telles que l'Ashwagandha, le Brahmi et le Shankpushpi permettent une régénération cérébrale et un rééquilibrage du mental. Le mental de type Vata a besoin d'une structure, d'un rythme, et de « garder les pieds sur Terre ».










