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La pensée positive : limites et dangers

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Avec la crise, la pensée positive est en passe de devenir une véritable religion d'état. Un phénomène qui fait pression sur les individus et éclipse les vrais problèmes.
Un optimisme forcené est plus que jamais de rigueur en ces temps incertains sur le plan professionnel et économique.
Le positivisme se vend désormais sous forme de cours de toutes sortes : coaching, développement personnel, programmation neuro-linguistique, programmes pour acquérir de la confiance en soi et augmenter son charisme, auto-hypnose...


Penser positif pour avoir des résultats positifs
La pensée positive se fonde sur l'idée que le monde est façonné par nos désirs et nos besoins, qu'en se concentrant sur les bonnes choses, les mauvaises disparaissent, qu'en visualisant notre réussite à un examen ou à un entretien d'embauche, on obtiendra le succès, que pour guérir une maladie il faut corriger la pensée négative qui l'a provoquée... Bref, il suffirait d'y croire très fort pour que les choses se réalisent.

Dans son livre «Bright-sided» sorti fin 2009, Barbara Ehrenreich n'hésite pas à dénoncer «l'épidémie de la pensée positive» qui touche désormais tous les aspects de la vie aux Etats-Unis, à commencer par le milieu de la santé et de la lutte contre le cancer.
Confrontée elle-même à la maladie, il lui fut plus facile de supporter les lourds traitements que le harcèlement des cliques de bien pensants, galvanisées par l'exemple du champion cycliste Lance Armstrong qui se plait à déclarer que le cancer est la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée!

Tout le monde essaya de la convaincre de la chance qu'elle avait de faire une telle expérience! Des infirmières allèrent jusqu'à lui expliquer que la chimiothérapie rendait la peau plus douce et plus fine, qu'elle faisait maigrir et que même si elle perdait ses cheveux, ils repousseraient ensuite plus beaux qu'avant.

 

De la pensée magique au dédoublement de personnalité
Ce n'est pas l'excès d'optimisme en soi qui est dangereux, mais sa version magique qui conduit à l'infantilisme. Erigé en système, le refus de reconnaître que des choses négatives peuvent arriver encourage la politique de l'autruche et entraîne une perte de lucidité.
Barbara Ehrenreich va même jusqu'à affirmer que la pensée positive, considérée comme une valeur intouchable en Amérique, aurait contribué à la crise financière. Elle aurait encouragé notamment l'accroissement de la dette publique et la débâcle des prêts hypothéquaires «subprimes» en développant une confiance aveugle dans la prospérité.
En France, une enquête de Cadremploi / IFOP réalisée en janvier 2010 auprès des cadres ne manque pas de relever une contradiction flagrante. La majorité des personnes interrogées se dit pessimiste sur la sortie de crise mais optimiste sur leur situation personnelle! Une incohérence révélatrice du profond décalage qui se creuse entre la réalité perçue et voulue.


Souriez... vous êtes contrôlé positif

Aujourd'hui, qui n'a pas une attitude positive fait figure de rabat-joie et court le risque d'être exclu, de l'entreprise comme du jeu social. Plus grave est la culpabilisation qui en découle. Si vous échouez, c'est votre faute parce que vous avez une attitude négative ! La pensée positive devient un puissant système de contrôle social qui élimine les questions et le doute.
Les managers travaillent leur image plus que leur stratégies pour communiquer leur confiance au marché qui les paiera en retour... Tout doit être «optimisé» et positivé avec un sourire de façade obligé en toutes circonstances !


L'urgence de retrouver une pensée critique
L'alternative à la pensée positive n'est pas le désespoir, encore moins le «victimisme». Certes, travailler sur soi-même permet de corriger bien des défauts de comportements qui nous poussent à l'échec. Et faire preuve d'auto-ironie face au cancer permet de prendre ses distances avec la maladie. De là à lui sourire en face et se considérer comme chanceux...
Il s'agit surtout de redevenir plus réaliste pour voir le monde moins coloré par nos propres désirs et émotions. La pensée critique suppose une remise en question de celui qui pense en ajoutant des éléments de négativité à la réflexion.
Mais c'est la seule solution pour trouver les causes d'un problème et permettre le renouvellement de soi. Et c'est en nous ouvrant aux autres que nous obtenons d'autres points de vue et nuances pour affronter la complexité d'un monde, ni tout rose, ni totalement noir.
Une citation d'Oscar Wilde résume parfaitement le dilemme qui se pose à tout homme, de sa naissance à sa mort : «L'optimiste pense que ce monde est le meilleur possible. Le pessimiste sait que c'est vrai.»

 

Eric Pichelingat
www.sautcreatif.com

 

 

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