medecine chinoise

La médecine chinoise

La médecine chinoise

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La médecine chinoise est une médecine millénaire qui a un statut officiel dans de nombreux pays: Bien que, dans le monde occidental, elle soit souvent assimilée à l’acupuncture, qui ne constitue qu’une de ses branches thérapeutiques, la médecine chinoise mérite une place très particulière au sein de l’éventail disparate des pratiques de santé.

La médecine chinoise : un art ancestrale

Tout d’abord, elle possède une double particularité qui lui confère un caractère d’exception historique et anthropologique.

En effet, d’une part, c’est le seul système médical qui s’est pratiqué dans une aussi longue durée avec une telle continuité épistémologique puisqu’elle conserve des théories et des raisonnements remontant, pour certains, à plus de deux mille ans, même si des évolutions et des réajustements les ont complétés et précisés au cours des siècles. D’autre part, la Chine est le seul pays dans toute l’histoire qui a conservé, ou plus précisément réimplanté, son système médical traditionnel, en tant que médecine d’État, dans les années 1950, avec un statut officiel équivalent de celui de la biomédecine que nous connaissons en Occident. Il faut également savoir que la médecine chinoise a largement débordé des frontières de la Chine : selon l’O.M.S., dans la seule région du Pacifique occidental, elle fait l’objet de documents de politique gouvernementale dans 75 % des pays, dans 62,5 % d’entre eux des cursus universitaires existent et des instituts nationaux de recherche sont présents dans 69 % de ces états.

Une médecine savante

Contrairement à certaines opinions infondées véhiculées par ceux qui ne la connaissent pas, la médecine chinoise n’est pas une médecine empirique (c’est-à-dire s’appuyant sur l’observation, sur l’expérience, sans théorie ni méthodes). En fait, elle est beaucoup moins empirique que la médecine occidentale qui repose davantage sur l’expérimentation que sur une construction conceptuelle. La spécificité de la médecine chinoise est principalement définie par ses textes fondateurs auxquels tous les praticiens et chercheurs se réfèrent encore aujourd’hui. Le plus important est indiscutablement le Huangdi neijing [Classique interne de l’Empereur jaune], ouvrage composite dont les parties les plus anciennes sont peut-être antérieures au IIIe siècle av. J.-C. mais qui a subi des pertes et a fait l’objet d’ajouts et de réorganisations jusqu’au viie siècle de notre ère ; en fait, un très grand nombre d’ouvrages classiques (on en recense plusieurs milliers) rédigés au cours de deux millénaires donnent à la médecine chinoise une structure théorique très élaborée de « médecine savante ».

Théories fondamentales de la médecine chinoise

Bien qu’il soit difficile de résumer l’essence d’un tel système en quelques lignes, on peut cependant évoquer quelques aspects caractéristiques :

La globalité de l’être humain qui forme un tout indissociable, en permanente adaptation à son environnement cosmique, climatique, psychologique
L’interaction des aspects psychiques et physiologiques. Pour le médecin chinois, la vie se définit comme l’enracinement d’une conscience organisatrice, shen [esprit], sur un support individualisé, jing [essence], à partir duquel elle conduit, personnalise et anime des souffles universels, qi [énergie, souffle], dans un espace physique, xing[forme corporelle].

L’importance de la théorie du yin et du yang (dialectique des oppositions et des complémentarités de tous les phénomènes) et des wuxing [cinq mouvements] qui sont à l’origine de tout un système de correspondances et de relations entre organes, sentiments, climats, etc.

La conception particulière de l’anatomie et de la physiologie : dans la plupart des aspects de la médecine savante qui s’est élaborée en Chine, le corps humain est perçu comme un empire, les viscères ne sont pas des groupes de tissus mais des ministères et des administrations au service d’un gouvernement (on emploie d’ailleurs volontiers les termes d’empereur, de chancelier, de général, d’intendant ou de divers fonctionnaires pour les définir) ; les informations qu’ils transmettent et reçoivent sont véhiculées grâce à un réseau complexe de jingluo [Méridiens et Ramifications] (c’est sur ceux-ci que sont répartis les points d’acupuncture).

Les théories sur les causes des maladies ont évoluées et se sont précisées tout au long de l’histoire de la médecine chinoise, avec une étape marquante, la division en trois catégories d’étiologies. C’est Chen Wuze, en 1174, qui en a établi la classification, en distinguant les causes externes, d’origine climatique, les causes internes, liées aux débordements émotionnels et les autres causes, inclassables dans les deux groupes précédents. Ce raisonnement prévaut encore dans la pratique contemporaine.

Méthodes de diagnostic

S’appuyant sur ces concepts, le diagnostic est particulièrement remarquable. Il s’effectue en deux étapes. La première phase consiste à recueillir des signes et symptômes à travers quatre modes d’investigations traditionnellement nommés sizhen [quatre diagnostics] : observation, olfaction/audition, interrogatoire et palpation.

  1. L’observation consiste à examiner visuellement la morphologie, le dynamisme, le teint, les yeux, la langue, la peau, les ongles, les urines…
  2. L’audition et l’olfaction se focalisent sur les caractéristiques de la voix, de la respiration, de la toux et des odeurs corporelles.
  3. L’interrogatoire permet de recueillir de nombreuses indications sur les antécédents du patient, les circonstances de survenue et l’évolution de la maladie, ses perceptions et réactions, les signes et symptômes subjectifs, les modalités d’aggravation et d’amélioration…
  4. La palpation concerne surtout les pouls, particulièrement les pouls radiaux, qui constituent une étape essentielle du diagnostic chinois, et l’abdomen.

On ne se contente pas de calculer la fréquence et la régularité cardiaques grâce aux pouls, mais on en apprécie aussi la qualité, la profondeur, la forme et bien d’autres éléments. Ils donnent alors des renseignements très fins sur la maladie, sa localisation, ses origines et son évolution.

Nosologie spécifique de la médecine chinoise

À partir de cette collection d’informations qui sont classées et hiérarchisées, le praticien établit un double diagnostic : bianbing [identification de la maladie], dont le principe consiste à nommer un état morbide sans prendre en considération ses causes et son développement et bianzheng [identification du syndrome] qui consiste à déterminer le tableau clinique en terme de processus étiopathogénique, c’est-à-dire en fonction de la cause et du mode de développement de la maladie. C’est surtout à partir de ces zheng [syndromes], spécifiques à la médecine chinoise, que le thérapeute va élaborer un principe de traitement.

Thérapeutique

Le principal mode de traitement repose sur une pharmacopée très riche près de 6000 substances naturelles ou préparées et de 100 000 formules répertoriées (dans la pratique quotidienne, environ 600 ingrédients et un millier de formules sont surtout utilisées). Parmi les autres techniques de soin, il faut principalement mentionner :

  • L’acupuncture et la moxibustion, largement développées en Occident. L’acupuncture consiste à insérer et manipuler des aiguilles sur des points stratégiques du corps, afin de « saisir le Qi », puis de le mobiliser dans une direction et avec une finalité déterminée. La moxibustion utilise, au lieu des aiguilles, de petits cônes ou des rouleaux (principalement d’armoise séchée) dont la combustion dégage de la chaleur en direction des points mentionnés.
  • Le massage comporte un grand nombre de techniques (presser, rouler, pincer, frotter…) associées, éventuellement à des onguents, à base de pharmacopée chinoise, de diverses compositions.
  • Les divers aspects du qigong [exercices sur le Qi] comportent des aspects externes (mouvements) et internes (concentration mentale), en association avec la respiration, le plus souvent.
  • La diététique est à la fois une méthode permettant d’entretenir la santé au quotidien puisque nous mangeons tous les jours, et un excellent moyen de potentialiser ou de compléter les autres aspects de la thérapeutique. C’est sans doute la méthode de traitement la plus accessible (en termes d’approche personnelle) et c’est une façon intéressante de découvrir la subtilité des théories de la médecine chinoise pour ceux qui ne souhaitent pas nécessairement étudier l’intégralité de cette discipline pour devenir des praticiens.

Professeur Éric Marié

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