- "Et qu'est-ce qui vous gêne ?"
- "Eh ! bien, ma fille devrait m'aider à faire le repas"
- "Et vous, qu'aimeriez-vous faire ?"
- "J'aimerais bien regarder la télé moi aussi"
- "Qu'est-ce qui vous en empêche ?"
- "Il faut bien que quelqu'un fasse à manger"
- "Et votre mari ou votre fille ?"
- "Vous n'y pensez pas. Il n'y aurait rien à manger"
- "Et alors ?"
- "C'est inconcevable. Quelle mère serais-je ?"
Ce dialogue est exemplaire à plus d'un titre. Il évoque la répartition des rôles homme/femme, l'éducation des enfants, le sens des responsabilités… Il nous apprend surtout beaucoup de choses sur le fonctionnement psychique personnel et les relations avec les autres.
Notre interlocutrice est très en colère. On la comprend ; il est désagréable de faire seule tout le travail alors que d'autres regardent la télé. C'est une illustration parfaite de la plaisanterie : "Comment dit-on au féminin : assis dans le salon ?" – Réponse : "Debout dans la cuisine".
Mais allons un peu plus loin. Ce qui met réellement la mère en colère, c'est que sa fille s'autorise à faire ce qu'elle-même voudrait bien faire sans s'en donner la permission. Autrement dit, elle a sous les yeux la réalisation par une autre de son désir à elle. Pour aggraver les choses, c'est la fille qui se trouve former couple avec le père, alors que la mère joue Cendrillon à la cuisine.
En fait, on peut se demander si la mère est en colère contre sa fille ou contre elle-même. En veut-elle à sa fille de s'accorder le droit de regarder la télé au lieu de faire à manger ou s'en veut-elle à elle-même de ne pas pouvoir se donner ce droit ? Seulement, il est très difficile d'être en colère contre soi ; cela voudrait dire qu'on est responsable de la situation. C'est plus simple d'être en colère contre l'autre. Comme ça, on sait clairement qui a tort et qui a raison, qui est la bonne mère et qui est la mauvaise fille. Mieux vaut projeter sur l'autre ce qu'on ne veut/peut pas voir en soi.
Pour clarifier les choses, on s'aperçoit que deux "voix" sont en conflit à l'intérieur même de notre auditrice.
La première affirme que tout ça est bel et bon, mais il faut quand même faire à manger. C'est le devoir de la mère de famille, pas toujours agréable peut-être, mais son devoir quand même. Et c'est aussi son devoir de transmettre cette obligation à sa fille, pour qu'elle soit à son tour capable d'être une mère de famille responsable. Cette voix est tellement forte qu'elle rend inconcevable de faire autrement. Il n'y a pas d'autre issue.
La deuxième ne parvient à s'exprimer que sous la forme de la colère envers la fille. Si on lui donnait clairement la parole elle dirait sans doute à quel point elle en a ras le bol d'être esclave. Ils n'ont qu'à se faire à manger, et s'ils ne veulent pas, ils sont assez grands pour téléphoner à la pizza du coin.
Sans doute à ce stade certains de nos lecteurs ont-ils envie de prendre partie pour l'un ou l'autre camp. Les arguments ne manquent pas de chaque côté. Mais ce débat risquerait de nous cacher ce qui se joue psychiquement : l'impossibilité pour la mère de concevoir les choses autrement. Le problème n'est pas ce que la mère doit faire, préparer ou non le repas, obliger à sa fille à l'aider ou pas. Ce qui est réellement important, c'est la capacité de choix. Est-ce qu'il n'y a qu'une manière de faire ou d'autres solutions sont-elles possibles ?
La première voix est celle du Moi Opérationnel, ou Pilote Automatique. C'est la stratégie que nos inclinaisons naturelles, les pressions de l'environnement nous ont amenés à mettre en place. Dans le cas qui nous occupe, la "bonne mère" a pris le devant de la scène. Entendons-nous : le Moi Opérationnel est très bien, très utile, très efficace. Il ne s'agit aucunement de s'en débarrasser. Seulement il a tendance à en faire trop. Tellement "trop" qu'il veut s'occuper de tout même quand ses interventions sont inappropriées.
Ici, la bonne mère est confortée dans son rôle par un redoutable personnage, un archétype très puissant, le Patriarche Intérieur. C'est lui qui depuis quelques millénaires précise la place de la femme dans la société, à savoir d'être au service de l'homme. Il est très difficile, pour les hommes comme pour les femmes, de s'en libérer. Il nous imprègne très profondément. Notre société s'en dégage progressivement. Mais combien de fois l'avons-nous vu revenir en force, surtout "lorsque l'enfant paraît".
La deuxième voix est celle du pôle opposé, de la Sous-Personnalité rejetée. Pour le moment elle ne peut que grommeler dans son coin. Il est probable que le jour où elle s'exprimera, elle le fera avec véhémence. Mais pour cela, il faudra déjà que le Pilote Automatique, "la bonne mère", laisse de la place. Il ne s'agit pas en effet de développer le pôle renié en opposition au pôle dominant. Cela ne ferait que développer une guerre intestine qui ne conduirait à rien.
L'objectif est de développer un processus de Moi Conscient, qui permette de prendre en compte les deux aspects du problème. Pour cela, il faut que les deux pôles puissent avoir la chance de s'exprimer librement, sans crainte d'être jugés.
C'est ce que nous pratiquons dans les séances de Dialogue Intérieur où nos clients sont invités à faire s'exprimer chacune de leurs "voix", pleinement, en vivant leur énergie de l'intérieur. De cette expression, consciente et ressentie, naît peu à peu le Moi Conscient qui, lui, a la capacité de prendre la décision qui lui paraît juste. Au final, la question n'est pas "que faut-il faire ?", mais bien, "qui prend la décision ?"
Geneviève Cailloux – Pierre Cauvin
Osiris Conseil - www.osiris-conseil.com
Pour toute question à Geneviève Cailloux et Pierre Cauvin, cliquez ici
 |
Leur dernier livre :
EMBRASSEZ VOS OPPOSES AVEC LE DIALOGUE INTERIEUR
(Ed du Souffle d'Or)
Notre vie intérieure ressemble à un théâtre peuplé de divers personnages qui tour à tour prennent le devant de la scène.
" Comment les identifier et les comprendre ?
" Comment prendre suffisamment de recul par rapport à eux pour en être le metteur en scène actif et non le spectateur impuissant ?
" Comment établir la carte de notre territoire intérieur afin de mieux les explorer ?
Pour répondre à ces questions, les auteurs proposent la démarche du Dialogue Intérieur qui permet de développer le Moi Conscient, processus par lequel nous apprenons à reconnaître et à apprécier tous ces aspects de nous-mêmes pour leur faire jouer leur rôle propre. À l'aide de nombreux exemples, ils en décrivent les applications, notamment dans le domaine de l'accompagnement individuel, le coaching.
Vous pouvez le trouver en ligne ici, sur Fnac.com
|

EN CAS DE MALAISE OU DE MALADIE, CONSULTEZ D'ABORD UN MÉDECIN OU UN PROFESSIONNEL DE LA SANTÉ EN MESURE D'ÉVALUER ADÉQUATEMENT VOTRE ÉTAT DE SANTÉ. PAR VOTRE UTILISATION DE CE SITE, VOUS RECONNAISSEZ AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'AVIS DE DÉSENGAGEMENT DE RESPONSABILITÉ ET CONSENTEZ À SES MODALITÉS. SI VOUS N'Y CONSENTEZ PAS, VOUS N'ÊTES PAS AUTORISÉ À UTILISER CE SITE. |