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lulm@aol.com
www.organizen.eu

29-30 Mars
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Par Philippe Lenaif*

Philippe Lenaif, dans une interview nous invite à partager sa vision très intime du développemment personnel


Quelle est votre approche aujourd’hui du développement personnel ?

Philippe Lenaif : Pendant une dizaine d’année, j’ai travaillé comme psychothérapeute avec la PNL et l’hypnose éricksonienne comme outils de base, une expérience personnelle en psychanalyse comme toile de fond et une certaine connaissance théorique des approches freudienne et jungienne.
Au bout de dix ans, j’ai mis fin à cette forme d’aide parce que je me rendais compte que l’essentiel de l’entrevue consistait en une joute verbale avec les résistances des patients, qui systématiquement viennent en entretien avec une pancarte au cou devant disant: «Aidez-moi à changer...» et une derrière précisant « … en ne bougeant à rien!».
C’était très consommateur d’énergie psychique et peu productif. Par ailleurs, les résultats obtenus m’apparaissaient toujours superficiels et décevants.
Mon parcours personnel m’ayant amené à développer une médiumnité de type chamanique ainsi qu’un rapport très particulier à l’énergétique, notamment celle ayant trait aux émotions refoulées et cristallisées dans les tissus, j’ai fini par utiliser cette capacité pour «lire» l’histoire de la personne à partir des informations contenues dans sa mémoire cellulaire ; il m’apparut vite que cette histoire-là était sensiblement différente de celle racontée par le patient, et de loin bien plus authentique.
Etonnamment, il n’y eut plus de joute verbale, et plus de résistance dans la relation thérapeute-patient.

Comment expliquez-vous cela ?

Ph L : Prenons un exemple : vous êtes jeune, vous êtes emballé et rêveur à l’idée de rejoindre votre meilleur ami pour un moment de détente lorsque, perdu dans vos pensées, vous vous faites violemment agresser par un chien.
Bien des années après, le choc ayant été particulièrement traumatisant, vous pouvez avoir refoulé une part de l’événement – à savoir l’attaque du chien - et il ne reste de conscient qu’une croyance : être perdu dans sa rêverie est dangereux. Vous n’allez donc plus rêver, être créatif et insouciant dans votre vie. Si l’évènement a été traumatisant au point d’être refoulé et oblitéré de votre conscience, c’est qu’une part d’émotions n’a pu être libérée sur le moment et se retrouve stockée, cristallisée, quelque part dans votre corps. Si à l’époque vous avez échoué dans l’expression de ces émotions qui auraient dissipé l’énergie, il n’y a pas de raison que vous pensiez pouvoir faire mieux aujourd’hui. Inconsciemment, vous allez donc tout faire pour éviter d’y retourner. Et ainsi jouer au chat et à la souris avec votre thérapeute pour vous soustraire subtilement à son action. Par ailleurs, même si à première vue votre psychothérapie semble être un succès en réhabilitant votre droit à rêver, ce n’est pas pour autant que l’énergie cristallisée de vos émotions refoulées se sera dissipée. Vous pourrez ainsi avoir la certitude que tout est en ordre, et malgré tout avoir l’impression que «quelque chose ne va pas ».
En cours de consultation, en « lisant » énergétiquement votre corps (cela se fait en état modifié de conscience de type transe chamanique), l’histoire de tous vos refoulements va m’être contée. Je vais tomber sur votre traumatisme du chien, et en ravivant la mémoire, faire remonter l’émotion et vous inviter à la libérer. Une fois que c’est fait, non seulement votre peur « sans raison » (apparente) des chiens disparaît, mais vous vous retrouvez à rêver comme avant votre traumatisme.

Ceci n’explique pas pourquoi il n’y a plus de joute entre le patient et le thérapeute ?

Ph L : Grâce à la médiumnité, pendant que je lis l’histoire des peurs, des tristesses, des colères refoulées, je sais très précisément ce à quoi pense le patient, et/ou ce qu’il en pense. Je perçois quelquefois une coupure nette entre ce dont il est conscient et ce que raconte son corps, réceptacle de l’inconscient. J’entends la position de chaque partie. Le corps (réservoir de l’inconscient), lui, est systématiquement heureux de mes découvertes, car c’est un peu comme s’il avait attendu des années pour que quelqu’un vienne accuser réception du message, vienne l’aider à se débarrasser de l’information. Je l’entends même parfois me dire : « Et c’est seulement maintenant que tu arrives ? ».
La tête (siège du conscient), parfois, est hagarde, se demandant ce qui se passe, ou ce que je fais là, à contrecarrer ses stratégies de contrôle via lesquelles elle s’anesthésie des sensations / émotions contenues dans le corps.
Alors, je verbalise les positions de chacune des parties, et le patient s’y reconnaît, parce que ça parle de lui, dans sa globalité, dans la complexité de tous ses vécus conscients et inconscients. La manière dont les choses sont exprimées, avec les attentes et objections des diverses parties, a un sens profond auquel il adhère pleinement. Cela réhabilite la communication et recrée une unité de perception entre son conscient et son inconscient.
De plus, le simple fait de verbaliser, c’est déjà libérer une part de l’émotion, qui s’exprime par ma voix. Ensuite, je guide le patient à retourner au centre de son émotion, à s’y noyer en abandonnant tout contrôle pour enfin se libérer totalement de la charge énergétique qui entrave son plaisir à vivre.
Quelle différence entre ma pratique de psychothérapeute d’avant et mon travail chamanique d’aujourd’hui? Hier j’aidais les gens à reprendre le contrôle de leur vie afin qu’ils puissent mettre en place ce qu’ils pensent qui les rendra heureux. Aujourd’hui je libère l’énergie de Vie cristallisée en eux et je les aide à s’y abandonner afin que ce soit la Vie qui s’exprime à travers eux, leur apportant bonheur et harmonie.

Pouvez-vous préciser comment se produit la libération de l’émotion et/ou de l’énergie ?

Ph L : Quand je pose les mains à l'endroit où se trouve l'énergie cristallisée de l'émotion refoulée, non seulement je la ressens et j’en capte l’essence d'une part, mais d'autre part, mon toucher remet en mouvement l'énergie qui va tendre à se fluidifier puis à se disperser. La personne peut vivre cela de trois manières possibles :
· de manière sensorielle - c’est la plus courante : elle sent de la chaleur, des picotements, une perte d'équilibre, des nausées, un étourdissement...
· de manière émotionnelle – c’est la plus directe : elle revit l'émotion, ressentant sa peur, sa tristesse, sa colère qu’elle a enfin l’occasion d’exprimer...
· de manière énergétique subtile – c’est la plus déroutante : elle ne perçoit rien de l’intervention qui se place pour elle à un niveau inaccessible en conscience dans l'instant. C'est parfois ce qui se passe lors d'une première séance ; mais quand je revois la personne quelques temps plus tard et que je la « relis », je perçois toujours les changements, l’évolution de la situation.
Quelquefois, l'information est à un niveau tellement subtil, et les résistances de la personne sont tellement grandes, qu'il va lui falloir du temps et une multitude de changements imperceptibles avant que la transformation atteigne le plan de sa conscience. Dans ce cas, cela peut prendre des mois, avant que la personne ne ressente les effets de la séance. C'est pourquoi je ne redonne quasi jamais de rendez-vous : c'est la personne qui me rappelle quand elle sent qu'elle a besoin d'une nouvelle intervention de ma part.

Imaginons que, comme vous le dites, cela se situe à un niveau tellement subtil que « rien ne se passe » à première vue. Qu’en est-il réellement ?

Ph L : Quand conscient et inconscient ne communiquent pas, il y a déséquilibre psychique. Selon CG JUNG, la névrose est un essai manqué de guérison de ce déséquilibre psychique. Marie-Louise von Franz, proche de CG Jung, dit encore :
- L’inconscient dépend de notre participation pour apporter ses forces de guérison. Sans cela, il doit produire une névrose pour nous forcer à nous occuper de l’inconscient et à établir avec lui une relation. L’inconscient semble incapable d’établir une relation directement. Il essaie indéfiniment d’y parvenir en nous envoyant des rêves. Mais nous sommes généralement dans une telle situation que nous ne les remarquons pas, si bien que l’inconscient ne peut pas manifester son pouvoir curatif. (Marie Louise von Franz – Les modèles archétypiques dans les contes de fées – Ed. La Fontaine de Pierre)

En cours de consultation, le simple fait que je mette en mots ce qui est refoulé dans l’inconscient de la personne l’amène à son conscient, même si elle ne ressent rien de particulier dans l’instant. Mon intervention restaure ainsi une part de communication, et le contenu de mes propos devient un nœud à défaire qu’aucune des deux instances – conscient et inconscient - ne peut plus feindre d’ignorer. Dès lors elles vont s’atteler à la tâche, et la transformation aura lieu, d’une manière ou d’une autre.
Il se peut aussi que la personne doive sciemment prendre une décision pour débloquer la situation : si l’expression de sa colère trouve son origine dans sa relation au père, et que son éducation la paralyse dans un respect de son parent tel que toute colère à son encontre lui est interdite, elle doit d’abord comprendre la différence qu’il y a entre manquer de respect vis-à-vis de son père en s’emportant d’une part et faire preuve de respect pour sa propre vie, pour sa propre santé, en se libérant de sa colère d’autre part. Ensuite, elle doit encore prendre la décision d’aller dans ce sens. Autant je peux remettre du mouvement là où c’est figé et aider à dissoudre ce qui est cristallisé, autant je ne peux pas prendre de décision à la place de la personne. S’il lui est impossible d’envisager une autre manière de voir les choses afin de retrouver harmonie et paix dans sa vie, je ne peux rien forcer. Cela fait partie de son chemin, et elle mettra le temps nécessaire à « lâcher » un jour ou l’autre. Généralement, cela se fait spontanément quand sa situation empire (maladie, accident, drame, …).

A première vue, ce que vous décrivez ressemble fort aux approches psycho-corporelles, Est-ce le cas ?

Ph L : Eh bien, oui et non. Sur le plan du principe, c’est exactement la même chose. Sur le plan de la formation des intervenants, c’est tout à fait différent. On en revient à la comparaison entre un médecin et un guérisseur : le premier observe, étudie des symptômes, des manifestations, des réactions extérieures à lui, le deuxième fait l’expérience de la maladie dans son corps.
L’intervenant en technique psycho-corporelle va respecter, tout comme les psychothérapeutes, un principe selon lequel le patient sait mieux ce qui est bon pour lui. Il va être « invité » à retourner à lui, à son histoire profonde. C’est la meilleure approche qui soit et la plus sûre pour le patient, tant qu’on est dans le cadre de l’apprentissage à l’occidentale.
Mais personne n’est assez fou pour se tirer deux fois la même balle dans le pied. Donc, le patient – toujours inconsciemment - va soigneusement éviter d’aller droit au but. Il va opter pour des cercles concentriques de plus en plus rapprochés certes, mais qui peuvent mettre des années avant d’atteindre l’épicentre.
Le chaman guérisseur, grâce à sa médiumnité, va s’identifier au patient, vivre son histoire, et pouvoir le ramener à sa blessure d’origine en ligne droite ; et là, par transfert d’énergie, il va modifier profondément la mémoire corporelle du patient en apportant les ressources adéquates. A nouveau, je ne sais trop expliquer ces principes à la fois médiumniques et de transfert d’énergie, mais jamais cette manière de faire ne heurte la personne ou ne la met sur la défensive, même si, comme je l’ai dit plus haut, il faut parfois du temps pour que se rassemblent toutes les ressources nécessaires à l’expression des émotions refoulées.
Quand je pratique de la sorte, j’ai chaque fois la sensation d’apprivoiser chez la personne la Vie qui a pris peur, de la prendre par la main, de la rassurer afin qu’elle ait à nouveau confiance pour s’exprimer librement. Je suis donc extrêmement interventionniste, mais dans un système de référence profondément écologique, au plus proche de la Vie, qui n’est pas accessible au cours d’une «formation» comme on l’entend de manière occidentale.

Ne trouvez vous pas que les termes « interventionniste », « respect de la personne » et « écologie » peuvent être paradoxaux ?

Ph L : Je suis interventionniste lorsque je vais droit au but, lorsque c’est moi qui décide de ce qu’il y a à soigner et qui est caché au fond de l’inconscient de la personne. Mais souvenons nous que c’est la personne qui fait la démarche de venir me voir, et non l’inverse. Et quand elle vient me voir, c’est pour recevoir de l’aide. Il se trouve que j’ai la capacité d’entendre à la fois sa demande consciente et la part inconsciente de douleur à l’origine de sa demande. Je choisis simplement la partie d’elle à laquelle je réponds.
Je suis respectueux de son écologie dans la manière dont l’aide est apportée, à savoir : amener par divers moyens (transfert d’énergie, rituel dans la nature, rite de passage, ….) les ressources nécessaires à ce que la transformation se fasse. Je ne décide pas de ce que doit devenir la personne et son problème. Je n’ai aucun projet d’avenir pour elle, aucune attente de résultat.
Mon seul rôle consiste à amener en elle à la fois ressources et confiance afin que se libère son processus de croissance et d’auto guérison. Comme je le dis souvent, je fais le plombier : je débouche la canalisation pour que l’eau circule. Mon rôle se limite à cela.

Quelle est votre approche des croyances ?

Ph L : Pour moi, un système de croyances n’a pas d’existence concrète. C’est quelque chose d’abstrait et de subjectif (mais ça peut tout à fait vous empoisonner l’existence). Il s’élabore notamment suite à des événements mal vécus, dont la première incidence est un refoulement d’émotions. En même temps que des émotions sont refoulées, il est donné un sens, des valeurs aux événements, qui aboutissent à l’élaboration d’une ou des croyances. Travailler sur le système de croyance, c’est tenter une réparation à des lieues de la cause, c’est faire des aménagements dans un édifice dont les problèmes trouvent leur origine dans les fondations. Alors que libérer enfin l’énergie des émotions refoulées, c’est comme enlever les fondations : l’édifice des croyances limitantes disparaît de lui-même, en même temps que se dissipe l’énergie. Le patient se surprend subitement à avoir de nouveau des comportements spontanés, légers, qui sont le reflet de ses potentiels d’avant l’événement traumatique. Cela se fait tout naturellement.

Je vous donne un exemple: une femme qui vient d’être violée et qui se dirige vers un psy pour guérir de son traumatisme se retrouvera au bout de quelques mois - voire années – dans un état de survie, adaptée au monde : elle aura fait tout un travail sur le sens de son agression qui lui aura rendu un peu de liberté, mais la charge énergétique toujours présente dans son corps la poussera à s’acheter une bombe lacrymogène, un doberman, et prendre des cours de karaté. Et quiconque s’approchera d’elle un peu trop près sera suspect, au nom d’une croyance du style : « tout contact physique est dangereux », ou « si on me touche, c’est pour me battre ». Or, pour bien vivre, l’organisme a besoin d’être touché, caressé, nourri de tendresse. Et ce besoin là ne sera plus rencontré, car même quand la personne pensera être libérée de sa croyance, ça restera un leurre tant que l’évènement sera toujours intact dans son inconscient, inscrit dans la mémoire cellulaire via les émotions refoulées : elle acceptera peut-être la caresse, mais ne s’y abandonnera pas.
Selon le principe physique « action égale réaction », si elle s’est faite agresser (= réaction), c’est qu’elle avait en elle une forme de violence (= action). Ca peut provenir du fait que ne sachant pas poser de limite dans sa vie, cette incapacité est vécue comme une forme de violence envers elle-même. Et si elle ne sait pas poser de limites, c’est qu’elle a vécu des événements qui l’ont brisée à cet endroit, et pour lesquels elle n’a jamais pu libérer ses émotions, son ressenti (humiliation, manque d’amour, abandon, colère, ….). Je vais donc rechercher dans son corps là où se sont cristallisées les émotions en lien avec l’humiliation (ou la colère, …) d’avoir été soumise à une force extérieure, l’humiliation du viol n’étant qu’un rappel d’une humiliation bien plus ancienne. Et quand j’aurai trouvé, je remettrai l’énergie en mouvement afin de l’aider à libérer ses émotions refoulées.
Une fois que l’énergie cristallisée est dissipée, que les émotions sont exprimées, l’ardoise est effacée. Plus d’action, donc plus de réaction. La personne retrouve rapidement la joie de vivre, l’événement s’efface de sa mémoire corporelle, les croyances disparaissent, et elle peut à nouveau jouir du plaisir du contact physique, des caresses.

Est-ce toujours aussi simple?

Ph L : Sur le plan du principe, oui. Ensuite, il y a le temps parfois nécessaire pour que la personne rassemble en elle les ressources suffisantes pour oser s’abandonner à l’expression de ses émotions refoulées. Ca peut prendre plusieurs mois, et cette phase peut se révéler pénible chez certaines personnes.

Comment comprendre que certaines personnes, à première vue en contact avec leurs émotions et les exprimant, tournent en rond pendant des années sans toutefois trouver une issue à leur souffrance ?

Ph L : Prenons l’exemple d’une personne qui a perdu un proche. Le chagrin, la tristesse, la détresse, la peur, le sentiment d’abandon, le soulagement - dans certains cas de maladie longue – et la culpabilité qui peut l’accompagner, …. Toutes ces émotions doivent trouver une voie libre et fluide d’expression. Or, la perte d’un être proche s’accompagne, pour certains, de tâches administratives, de décisions, de démarches, qui l’obligent à postposer l’expression de ces émotions. L’humain est capable de faire cela – postposer – mais il faut prendre le temps d’y revenir et vivre sa peine. Il faut à tout prix libérer l’énergie. Or beaucoup oublient cette étape ou tentent de l’éviter.
Ensuite il y a la qualité, le sens profond de l’émotion exprimée. La libération, la santé, revient lorsque j’ai accepté la situation (il/elle ne reviendra pas, je dois continuer seul(e)…), lorsque j’ai exprimé mon état, mon vécu de la situation, sans attente, sans jugement, factuellement, avec humilité. Mais beaucoup de personnes utilisent leur tristesse comme une revendication vis à vis du disparu, de Dieu, de la vie. Ils se maintiennent alors dans une situation de dépendance pour laquelle la solution ne réside plus dans une libération suite à l’expression de l’émotion, mais dans un attachement à une attente d’une réaction extérieure exigée au nom de leur douleur. Cela s’appelle du chantage, de la manipulation affective, et ça ne mène à aucune délivrance.
Je me souviens d’une mère ayant perdu son enfant suite à une tragique leucémie. Des années après, elle le pleurait toujours. Au travers des questions que je lui posais, il était évident qu’elle ne pleurait pas son inquiétude pour son enfant, pour son bien-être, pour son bonheur, … Non, elle pleurait l’injustice de sa solitude à elle. Son enfant disparu était devenu un objet, un support de projection pour lui permettre de se plaindre de l’abandon de son propre enfant intérieur. Non seulement elle n’en sortait pas, mais elle ne voulait pas en sortir, parce que cela aurait signifié qu’elle devenait responsable de sa propre détresse, réveillée certes par la disparition de son enfant, mais bien antérieure à celle ci.

Je dois toutefois bien admettre que ce n’est pas évident. Comme je le disais précédemment, si mon émotion fut un jour refoulée, c’est parce que je n’ai pas à l’époque réussi à faire face à l’événement en me libérant des émotions qui m’ont traversé à ce moment. Je n’en suis pas sorti indemne, dès lors il y a en moi la marque d’un échec, et ainsi la crainte de ne pas être sûr de pourvoir faire mieux en y retournant une seconde fois.
Ce n’est donc pas quelque chose que l’on fait naturellement, spontanément. Il faut un peu d’entraînement afin que le corps et l’inconscient apprennent à gérer cette «peur de ne pas faire mieux », aillent au delà, et fassent mieux !

C’est intéressant, cette notion « d’entraînement ». J’aimerais que vous la développiez.

Ph L : Tout à l’heure, je vous disais que mes compétences ne relèvent pas d’un apprentissage, d’un écolage, mais d’un don qui a demandé une quinzaine d’années à être maîtrisé.
On ne peut donc pas prétendre créer de toute pièce un «guérisseur»: on naît avec cette particularité, cette disposition qui nécessite qu’on y consacre attention, des années durant, pour aboutir à en faire quelque chose de sérieux.
Toutefois, mon expérience confirme qu’on peut amener les personnes qui le désirent à faire l’expérience de leur propre guérison en les accompagnant dans la découverte de leur ombre, en balisant le chemin.
Toujours selon C G Jung, uniquement les chamans peuvent descendre seuls dans leur ombre et en ressortir indemnes. Pour moi, descendre dans son ombre, voyager dans son inconscient, c’est comme faire de la spéléo tout seul dans un trou sans fond, au bout d’une corde dont on ne connaît pas la longueur : la panique finit toujours par survenir, avec le risque de sombrer jusqu’à la fin des temps.
Mais celui qui est descendu maintes et maintes fois dans son ombre peut aider les autres à s’y aventurer. Il peut les accompagner dans leur apprentissage de l’abandon et de la confiance nécessaires à ce type de voyage.
Cet entraînement est de type initiatique, à savoir que l’enseignement est directement transmis au corps par le biais de l’expérience, sans qu’il soit nécessaire d’en comprendre le sens intellectuellement. Une sorte de Parcours Vita dont le sens ne se révèle qu’en... parcourant !
D’ailleurs, la vraie «prise de conscience» n’est pas une nouvelle pensée qui vient un jour à l’esprit, mais une nouvelle réaction/sensation corporelle qui manifeste un changement, une «prise de conscience» sur laquelle on met des mots ensuite.

Et concrètement, que proposez vous pour transmettre ce type d’enseignement ?

Ph L : Mon épouse et moi avons dans l’idée de jeter les bases, dans le courant de l’année 2007, d’une école de croissance de l’être, pour que quiconque qui le désire puisse, dans un premier temps, se réaliser comme « auto-guérisseur ». Pas de diplôme à la sortie, mais un solide parcours à la découverte vivante des règles de transformation de la Vie, un entraînement à vivre et à grandir en fonction des quelques principes développés dans cet article. L’objectif étant de rendre les personnes autonomes, de les libérer de la dépendance systématique du psy pour avancer. Ensuite, dans un deuxième temps, nous désirons « entraîner » les gens à se révéler à eux mêmes. Plus une personne se libère du poids de ses névroses, de ses croyances limitantes, plus elle libère son âme dans son désir de manifestation de son essence. Tout le monde n’est pas appelé à devenir chaman, guérisseur, mais chacun a une mission spirituelle : trouver puis libérer sa part de magie, son talent, et s’exprimer dans son essence.
Tout l’Univers attend de chacun de nous que nous mettions notre talent au service de la Création, car c’est cela même qui rend les gens heureux. Avec cette école, nous désirons mettre en œuvre des processus qui incitent et permettent à de plus en plus de personnes à se réaliser dans l’expression de leur essence. Nous voulons que ce soit une école d’Etre, et non une école de Faire.

Et pour ceux qui le veulent, il y aurait un complément didactique avec toutes les informations nécessaires à la compréhension intellectuelle de ce qui se vit durant la (trans) formation. Cela serait destiné aux thérapeutes, aux professionnels de la relation d’aide, avec à la clé un certificat de participation, et non un diplôme de qualification.
En créant cette école, nous désirons non pas former des thérapeutes à une technique en particulier (qui une fois apprise ne traduit de toute façon pas la qualité d’être de la personne), mais amener les personnes à expérimenter, vivre dans leur corps, une transformation profonde, de telle sorte que quelle que soit l’approche que ces personnes pratiquent, leur être, leur essence, leur talent puissent s’exprimer à travers leur technique de prédilection.

A ce sujet, quelles relations entretenez-vous avec des psychiatres et des psychothérapeutes. Quels liens théoriques partagez-vous, dans vos domaines respectifs ?

Ph L : Comme vous le constatez, je fais beaucoup référence à CG JUNG. Je ne l’ai pas étudié, mais tout ce que je lis de lui exprime, met des mots, sur ce que je vis en terme d’expériences, quotidiennement. Pour moi, CG Jung était un Initié qui a eu le mérite de mettre à la portée des occidentaux, dans un langage compréhensible par eux, une grande part du Mystère avec lequel les traditions chamaniques interagissent. Je me sens profondément en accord avec son propos. De ce fait, j’arrive tout à fait à dialoguer avec les psys et parler leur langage.
En général, ceux qui viennent me voir en conférence me demandent d’emblée une consultation, afin de vivre une expérience leur permettant de concrétiser mon propos. J’apprécie particulièrement les échanges avec ces professionnels, au nom de leur connaissance du sujet. Il est vrai cependant qu’ayant fait la démarche de venir à une conférence portant sur le chamanisme, ce sont des personnes à l’esprit ouvert.

Mais tout de même, je trouve que l’esprit occidental a tendance à complexifier les choses, à les analyser toujours plus loin, à découper de plus en plus la réalité jusqu’à perdre un jour la perception de la globalité. Pour ma part, je fais le chemin inverse. J’essaye de tout désapprendre des théories savamment élaborées par notre esprit analytique pour accroître jour après jour mon intuition de la vie, et améliorer la qualité des perceptions médiumniques que j’ai de la manière avec laquelle l’énergie circule dans le vivant.

Une dernière question : vous utilisez beaucoup le terme « médiumnité » ; or on en connaît les dérives, les manipulations possibles des clients. Quelles précautions prenez-vous vis-à-vis d’eux ? Comment définissez-vous ce terme dans votre pratique ?

Ph L : Il est vrai que c’est une notion très floue, que n’importe qui peut mettre à sa sauce dans des buts plus ou moins sains.
Dans mon vécu, ce qui m’effraye le plus, c’est parfois le manque de réalisme avec lequel les personnes présentent leur cas (on m’a jeté un sort, c’est un problème trans-générationnel dont je suis la victime, …). La première chose que je fais, c’est démystifier et revenir sur terre avec toujours la même règle basique : tout ce qui nous arrive est une réaction à ce qu’on émet. La clé, c’est de trouver où se trouve la blessure non exprimée qui maintient et entretient l’émission (action).
J’ai certes une compétence particulière à découvrir la source de l’émission, que je mets au profit de la séance, mais ça s’arrête là. Pas de voyance, pas de madame Soleil, pas de Lumière Angélique, … rien que des expériences avec des émotions refoulées. Point barre.
Dès que quelqu’un tente de mettre ses misères sur le compte d’un sort, d’une possession, d’une malédiction, d’une vie antérieure, etc., je balaye le tout avec un discours jungien et on revient dans le réalisme du parcours vécu de la personne.
Ensuite, mon but n’est pas de faire croire des choses à la personne qui me consulte, mais de l’aider à amener à son conscient ce qui est enfoui dans son inconscient.
Ce qui confirme mon action, c’est le ressenti de la personne, pas son adhésion aveugle à mes propos. C’est une première garantie.
La deuxième garantie, c’est que – sauf très rare exception – je ne remets jamais de rendez-vous à l’issue de la séance. La personne doit d’abord intégrer le travail réalisé, expérimenter le changement au quotidien, puis ressentir le besoin d’une nouvelle séance. Et quand elle est prête et appelle pour un nouveau rendez-vous, elle se retrouve très souvent confrontée à une attente pouvant être de plusieurs mois. Dès lors, je vois rarement quelqu’un plus de trois fois, et ce en l’espace d’un an.

Philippe Lenaif
Ingénieur industriel
Maitre praticien en PNL
Professeur de Biodanza
www.coregane.org
www.centre77.org

Article repris avec l'aimable autorisation du magazine Aksanti
Pour toute question à Philippe Lenaif, cliquez ici

Son dernier livre :

J'ai dansé avec mon ombre
(Ed Le Souffle d'Or)

Philippe Lenaif nous invite à le suivre dans sa quête de lumière : il raconte son périple dans les tréfonds de son ombre, à la découverte de conflits inconscients qu'il est amené à mettre en lumière et forcé de résoudre jour après jour, jusqu'à un dénouement heureux.

De nouveaux bouleversements dans sa vie affective amènent l'auteur à se replonger dans son passé et ses blessures dont il croyait s'être définitivement remis. La détresse atteint son paroxysme. Pourtant, il relève le défi, accepte l'épreuve et assume sa transformation ; peu à peu, de la légèreté, de la joie, de la sérénité se dégagent. Il se libère de ses contractions.
Toujours sur fond de chamanisme, Philippe Lenaif témoigne de ses expériences et son ressenti très ouvertement et directement, puis partage ses interrogations, ses doutes et réflexions. Quantité de découvertes et d'enseignements de vie sont mis en lumière et partagés au fil des pages.
De multiples références jungiennes viennent étayer le propos et enrichir le récit en lien avec la Biodanza .
Récit d'une transformation personnelle, pleine d'espoir, dans un style passionnant. Une foi inébranlable en la vie.

Vous pouvez le trouver en ligne ici, sur Fnac.com

Pour approfondir, l'auteur vous conseille aussi son livre précédent (avec :) :

Naissance d'un chaman , Philippe Lenaif, Ed. Le Souffle d'Or
Pour en savoir plus...

 


 

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