Devenez Rédacteur
Mar 11
Jeudi
Accueil Médecines traditionnelles Autres Tai Ji Quan : entre mode et tradition...

Tai Ji Quan : entre mode et tradition...

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 9
MauvaisTrès bien 
Tai Ji Quan : entre mode et tradition... | Autres | Médecines traditionnelles

Le Tai Ji Quan (ou Tai Chi Chuan) est aujourd’hui de plus en plus populaire en France (et en Europe), porté d’une part par les médias, et le besoin émergent d’un public à la recherche d’activités venues d’ailleurs, qui rompent avec les « américanisants » cours de fitness et autre « wellness sportsi ». En clair : le Tai Chi est à la mode !

Tour à tour présenté comme une danse, une gymnastique venue de Chine, une forme de méditation en mouvements ; parfois confondu avec le plus répandu Yoga (d’origine Indienne), le Tai Chi est de plus en plus préconisé pour ses bienfaits multiples sur le corps et l’esprit.

Si bien que nous voyons fleurir un nombre impressionnant de cours de Tai Chi, de Maîtres vous invitant à vous initier à cette discipline ancestrale.

Mais comment faire « le tri » dans le marasme des clubs d’arts martiaux et autres associations proposant de s’initier aux « chinoiseries » en tous genres ?

En effet, tous sont convaincus du bien fondé de leur pratique, persuadés d’être dans la « bonne voie », et tous ont sans doute une réelle raison d’exister. Tous peuvent sans doute répondre aux attentes d’un public particulier. Mais il convient néanmoins de distinguer les différents acteurs...afin d’y voir un peu plus clair, ne serait‐ce que pour éviter certaines désillusions !

Bien qu’un peu « caricaturale » (et je m’en excuse, mais il faudrait un livre complet pour traiter de ce sujet !), on pourrait néanmoins synthétiser la situation actuelle du Tai Chi Chuan en France en deux grandes « catégories » (là aussi ça n’est pas si simpliste...).

 

D’un côté, les pratiquants d’un Tai Chi que je nommerais « New Age ».

Venus en partie des Etats‐Unis, ils ont émergés dès la fin des années 60. Période des hippies, du « peace and loveii », de la Guerre du Viêt‐Nam qui, pour aussi dramatique qu’elle soit, a permis au public occidental de « découvrir » la culture asiatique. Le Yoga commence également à pointer le bout de son nez et à faire ses premiers adeptes.

Puis dans les années 70, un acteur chinois, du nom de Bruce Lee, envahit les salles de cinéma avec des films atypiques, aux scénarios anecdotiques, mais dont le principal intérêt résidait dans les prouesses au combat du héro qui sautait, virevoltait, et venait à bout de ses adversaires avec une efficacité déconcertante. Il pratiquait un art que les américains nommèrent « Kung Fu ».

Une double influence, « pacifiste » et « martiale » qui a engendré un attrait du public occidental pour ces disciplines venues d’Asie. Au départ, on mélange un peu tout : Tai Chi, Qi Gong, Kung Fu, Yoga, Karaté...Un mélange qui subsiste encore de nos jours !

Mais revenons un peu au Tai Chi ! Il existe 4‐5 grandes familles, grands styles de Tai Chi Chuan. Le

plus répandu et le plus pratiqué aujourd’hui dans le monde est le Tai Chi Chuan style YANG, du nom de son créateur YANG LU CHAN. Passons sur les détails historiques de la création du style YANG pour nous intéresser aux particularités de ce style : Mouvements fluides et légers, circulaires et de grande amplitude, déplacements au sol linéaires, positions hautes ne demandant que très peu d’effort physique, importance accordée à la respiration... A voir pratiquer, cela évoque réellement une danse ou une gymnastique douce...sans aucune finalité martiale, combative...Et pourtant !

Lorsque YANG LU CHAN enseigna son art aux premiers hauts dignitaires chinois, il « amputa » volontairement le Tai Chi de sa dimension martiale, pour mettre en avant ses bienfaits sur la santé (assouplissement, étirements en douceur, apaisement de l’esprit...). A cette époque ‐ nous sommes fin 19ème, début du 20ème siècle ‐ les arts martiaux étaient surtout pratiqués par le peuple (les HAN) qui devaient savoir se défendre face aux multiples agressions physiques qu’ils subissaient. Faisant lui‐ même partie des HAN, YANG LU CHAN n’enseigna donc son Tai Chi « martial » qu’à certains disciples issus de la même origine « populaire » que lui. C’est ainsi que se sont développés, d’un côté un Tai Chi « YIN », celui des « riches », avec tous les bienfaits qu’il pouvait avoir sur le corps et l’esprit, et d’un autre côté un Tai Chi « YANG » (le terme ici évoqué ne renvoit pas au nom de « YANG » Lu Chan, mais au concept de dualité YIN‐YANG), populaire, à l’efficacité d’auto‐défense redoutable (YANG LU CHAN était d’ailleurs surnommé « YANG l’Invincible »).

C’est le Tai Chi « YIN » qui s’est le plus répandu dans le monde, celui qui a séduit le public occidental des années 60‐70 en quête de paix et d’harmonie. C’est ce Tai Chi dit « New Age » qui est aujourd’hui le plus pratiqué et le plus populaire en Europe et même dans le monde entier. La « demande » actuelle va évidemment dans ce sens : se faire du bien sans effort, gérer son stress simplement, guérir de la maladie par des méthodes alternatives à la médecine moderne...Il est donc tout naturel que bon nombre d’enseignants aient vu le jour et proposent ce type de pratique tourné vers la santé et le bien‐être.

D’un autre côté, les pratiquants d’un Tai Chi dit « Traditionnel ».

Pour les distinguer des premiers, disons simplement que la finalité, la recherche de départ est davantage tournée vers l’aspect martial de la pratique. Car c’est bien d’un « art martial » qu’il s’agit lorsqu’on parle de Tai Chi Chuan, au même titre que le WuShu, le Karaté, le Judo, le BaGua Zhang...n’en déplaise aux pratiquants d’un Tai Chi « de paix et d’harmonie » (cf. paragraphes précédents...). Le « CHUAN » de TAI CHI CHUAN se traduit d’ailleurs par « POING » ou « BOXE »...CQFD ! Pour bien comprendre cela, revenons à nouveau aux origines – souvent polémiques – de la création du Tai Chi Chuan. La version la plus communément répandue l’attribut à un général d’armée du 17ème siècle, du nom de CHEN WANG TING, originaire du village de CHEN JIA GOU. Cet adepte des arts martiaux aurait mis au point un enchaînement de mouvements, appelé « Poing Canon », qui devint plus tard la forme traditionnelle du Tai Chi Chuan style CHEN. Les mouvements de cette forme étaient relativement rapides et puissants, assez éloignés de l’idée de souplesse et de fluidité de la forme de Tai Chi Chuan actuelle. Le Tai Chi Chuan style CHEN se veut donc plus « martial » que son homologue du style YANG, du moins du style YANG dit « YIN » (oui je sais...c’est compliqué ! Relire les paragraphes précédents si vous êtes perdus !).

Ce Tai Chi Chuan se dit souvent plus « Traditionnel » car il repose davantage sur l’aspect martial souhaité par ses créateurs (YANG LU CHAN, CHEN WANGTING...). Il nécessite souvent un réel travail physique, et met un peu plus clairement l’accent sur les finalités combatives. Il correspond souvent à un public plus jeune, ou cherchant une pratique à la fois martiale et énergétique (santé).

Attention ! Cela ne veut pas dire que les premiers et les seconds ne se comprennent pas ! Rien n’est tout blanc ou tout noir ! Tout comme dans le symbole du TaiJi  il y a toujours du Yin dans le YANG et du YANG dans le YIN. Ce qui signifie que les adeptes d’un Tai Chi plus « zen » démontreront parfois un réel attrait pour l’aspect martial de leur pratique, de même que les pratiquants d’un Tai Chi plus « combatif » s’enrichiront de la dimension énergétique, thérapeutique et spirituelle de cet art chinois... Pour peu que les enseignants connaissent évidemment les différentes facettes du Tai Chi !

Pour résumer, nous pourrions dire que le Tai Chi dit « YIN » se veut avant tout une pratique visant à conserver ou à améliorer la santé, une technique de détente, une méditation en mouvements, accessible à tous les publics.

Le Tai Chi dit « YANG » met davantage l’accent sur le respect de la tradition martiale de cet art, nécessite un travail physique un peu plus important, l’aspect santé étant évidemment présent, mais secondairement.

Il semble néanmoins difficile de cataloguer ces différentes appartenances. Si vous pratiquez déjà le Tai Chi Chuan, vous vous retrouverez sans doute un peu plus dans l’un des deux aspects évoqués, et pourtant...Demandez donc à votre professeur de Tai Chi, ou aux enseignants d’autres clubs ‐ style CHEN, YANG, WU...peu importe ! ‐ comment ils qualifient leur enseignement ! Bien souvent, le terme « traditionnel » reviendra en priorité, pour rassurer le néophyte par un respect d’un savoir ancien, séculaire et juste de la pratique proposée. Les détenteurs d’un Tai Chi plus « YANG » seraient donc les seuls dépositaires et seuls détenteurs de la tradition ?! Rien n’est moins sûr !

Cela pose donc les questions suivantes : qu’est‐ce que la « tradition » dans l’enseignement des arts martiaux en général ? Quand peut‐on dire d’une pratique et d’un enseignement qu’ils sont « traditionnels », et quelle(s) valeur(s) lui accorder ?

 

 

Vincent MEUNIER

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir